Charlatan à Boulev’Art by night

À la clarté du jour où – à ce qu’on croit – tout se sait et tout se voit, j’oppose la lucidité dans l’ombre. Je parle ici des consciences africaines, denses, parfois sombres, mais de moins en moins muettes. J’aimerais me souvenir de ces tombers du jour où l’Afrique se réveille.

Charlatan : vous en ai-je parlé? J’imaginais d'abord mon Charlatan pollueur d’âmes. Depuis, il est devenu  stand, site Internet. Charlatan reste souple. Il s’improvise artiste, commissaire, seul ou à plusieurs, manager de jour et barman de nuit, mais aussi festival, table ronde, atelier ou maquis au gré des envies et des choix.

Il me faut renouer ici avec l’Afrique au réveil. D’abord : j’y crois.

Les réalisateurs africains ou d’ailleurs qui posent de bonnes questions ne font pas défaut ; j’aimerais programmer quelques-uns de leurs films pour des projections gratuites sur petit écran. Thème du panorama : les ravages des puissants : le colonialisme, la mondialisation. Des films du style: Le malentendu colonial de Jean-Marie Teno, 2004 ;  Le cauchemar de Darwin d’Hubert Sauper, 2004.

Invitation :Charlatan s’associe à  l’anthropologue Bernard Müller qui rejoint le stand pour y mener des investigations  autour de la mémoire qui s’efface.  Diverses questions à la population, aux intellectuels, des rencontres filmées, un joli plus !

Charlatan manipule aussi les sons. Fabrice Seydoux est batteur  et friand d’informatique. Son truc : enregistrer puis restituer les sons en boucles. Du sampling, des rythmes pour une fin de soirée dansante, envoûtante : un autre plus !

Ajoutons-y de la douceur pour les yeux et le palais. Connaissez-vous les barbes à papa ?  Et des barbes à papa toutes jaunes ?  Je trouve que ça fait très Charlatan  sur mon bar à pulpes juteuses  ou alcoolisées ou chimiques. Mais la machine est trop lourde, 17kg, dommage. Je ne me passerai cependant pas d’un bar pour mes nuits béninoises.

Il me faut renouer ici avec  la douceur au palais et l’Afrique au réveil. Un récent voyage à Ouagadougou  m’a rappelé la précarité de pas mal de situations. Aussi Charlatan veut  faire sa petite immersion dans l’économie locale. L’idée est de former rapidement  deux trois « confiseurs » et de leur offrir le Kit de  l’indépendant. Je m’attelle actuellement  à la mise au point de la douceur qu’ils pourraient produire. Un petit défit commercial. Et pourquoi ne pas ajouter à ces bonbons les micronutriments qui manquent  dans la nourriture des gens. À voir !

Charlatan à Boulev’Art by night c’est cet outil de prospection, d’échange et de diffusion qui espère un financement helvétique crédible pour remplir et négocier concrètement les cases de sa programmation.

Jean-Damien Fleury à Fribourg le 31 mai 2005.

 

Charlatan redonne la mémoire sur une idée de Kangni Alemdrojdo et Bernard Müller

Rien n’invite plus au charlatanisme que la construction de l’histoire. En Afrique, l’histoire coloniale - ce trou de mémoire perçu aujourd’hui après un étrange sommeil– se prête à tous les fantasmes. La construction de l’histoire est le terrain sur lequel les apprentis sorciers et autres bonimenteurs conçoivent des impostures fantastiques qui - espèrent-ils - permettront de faire tourner les vents et ses ors à leur profit. Les mouvements ethniques, les réinventions de traditions, les renaissances culturelles sont autant de délires identitaires qui fonctionnent comme des miroirs aux alouettes dont les citoyens deviennent souvent les otages.

Des interviews

L’objet premier de ces interviews est de donner la parole au citoyen lambda comme à l’intellectuel du cru pour dire sa perception de la problématique du butin de guerre, la nécessité ou non d’un tel débat aujourd’hui, et surtout d’explorer ce qui reste vivace ou fugace dans la mémoire des peuples des confrontations historiques ayant généré ces prises d’objet.

Nous espérons réveiller cette mémoire endormie en présentant aux personnes interviewées des photographies d’archives présentant des butins au moment de leur saisie par les armées coloniales. Les réactions seront enregistrés par une caméra vidéo. Il va de soi que l’assentiment des acteurs interviewés est requis pour toute diffusion, et les concepteurs du projet se font une déontologie de ne pas censurer les propos des acteurs quels qu’ils soient.

La démarche nous semble importante, en ce sens qu’elle permet de juger de la pertinence ou non d’un tel projet qui semble susciter des préventions de part et d’autre.

Les enregistrements seront présentés dans le cadre de l’exposition « Broken Memory » dont l’inauguration est prévue à Bamako (Mali) en novembre 2006.

Tables à palabres

Des tables-rondes seront organisées en présence d’un éventail représentatif de la société béninoise.

 

Live Music Performance B (LMPB) de Fabrice Seydoux

En tant que musicien, il m’est difficile de ne pas voir dans le travail des DJs un petit côté charlatan. Alors que des gens se forment pendant des années à la pratique d’un instrument, d’autres se contentent de reprendre ce travail et de simplement jouer des disques sur des platines. Il y a cependant des DJs qui vont un peu plus loin et qui font un véritable travail de musicien en amont de la performance en public.

Le projet que je développe pour Charlatan à Boulev’Art by night est de rassembler des échantillons sonores pendant la journée, de les retravailler et le soir venu, de faire une performance en brassant ces sons en direct - avec possibilité d’introduire de nouveaux sons directs - pour animer le stand et la place de l’étoile rouge. Les gens vont danser sur cette musique rythmée, tout en découvrant son processus de fabrication.

Mon profil d’ingénieur en gestion de la communication (spécialisé dans les nouvelles technologies) et de batteur (donc de musicien) va croiser un environnement africain (musicalement souvent basé sur des percussions, des chants et une capacité à travailler dans l’économie des moyens). Ce qui me réjouit car cette combinaison me paraît garante de résultats sobres et puissants pour conduire les soirées béninoises jusqu’au bout de la nuit.

   
  behanzin_captif
  carte postale envoyée en 1906 (Behanzin meurt prisonier en Algérie)
 

Charlatan n'a pas pu rejoindre Cotonou pour Boulev'Art by Night par manque de financement. Des interviews autour de la spoliation sont par contre régulièrement menées dans le contexte du projet Broken Memory et Charlatan renouera avec Cotonou à une prochaine occasion. A suivre.

 
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